Décryptage XIV - Annonciation
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siecle 21
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Mosaïque de l’Annonciation
Inconnu


vers 1315, Église Christ-in-Chora (musée Kariye), Istanbul Mosaïque

L'Annonciation au puit par Christophe Genin

Cette Annonciation est assez rare par sa mise en scène : situer l’annonce faite à Marie devant un puits. Cette scène est tirée du protévangile de Jacques : " Or elle prit sa cruche et sortit pour puiser de l’eau. Alors une voix retentit : " Réjouis-toi, pleine de grâce. Le Seigneur est avec toi. Tu es bénie parmi les femme ". Marie regardait à droite et à gauche : d’où venait donc cette voix ? Pleine de frayeur, elle rentra chez elle, posa sa cruche, reprit la pourpre, s’assit sur sa chaise, et se remit à filer. " (Protevangelium, XI).

Il s’agit donc, au plan du dogme chrétien, d’une première Annonciation de l’ange à Marie, et qui échoue ! L’ange étant lumière, Marie ne pouvait le distinguer dans le ciel du jour extérieur. C’est pourquoi elle n’entend qu’une voix. D’où ce sentiment de radicale étrangeté de l’appel. Marie prend peur, s’enfuit, et retourne se cloîtrer chez elle. L’annonce de son destin à Marie n’est donc pas une nouvelle qui va de soi. C’est bien un bouleversement qui commence par faire peur et provoque une conduite de fuite. Une seconde annonce, après un second trouble, va finir par l’apaiser. Elle sera suivie par une troisième annonce, à Joseph, brave charpentier troublé par le soupçon d’adultère qui pèse sur sa jeune épouse. Les différentes versions des Annonciations, même si elles ne sont pas canoniques, ont l’immense mérite de ramener cette histoire surnaturelle au vécu d’une âme populaire.

La mosaïque est située dans une des premières travées de l’ésonarthex, représentant le cycle de la vie de la Vierge. Pour représenter cet échec de communication et la peur de Marie, le mosaïste choisit ici une voie moyenne. L’ange, être de lumière, voit son aura se confondre avec un ciel d’or. Il est en plein vol au-dessus d’une cour intérieure. Il porte une fleur de lys avec une longue tige et fait un geste de bénédiction. Marie se tient dans la cour. Sa chambre ouverte, en bas sur notre gauche, forme un carré noir cerné d’une étoffe blanche. Elle se trouve au centre d’un ensemble de bâtiments qui peuvent représenter soit Nazareth, soit la Jérusalem céleste à réaliser. Marie a le pied gauche sur le sol et le pied droit sur la seconde marche du puits. Elle s’apprêtait donc à descendre sa cruche pour la remplir d’eau fraîche. Elle est surprise et interrompue en pleine activité domestique. D’où ce mouvement de torsion du buste vers l’arrière, et ce geste d’effroi de ses bras écartés. La scène est donc à la fois pleine de hiératisme par les tesselles d’or et d’azur qui donnent une dignité divine aux personnages, et de spontanéité par la dynamique de Marie. L’artiste a choisi cet instant décisif de l’appel, et la posture instable de Marie exprime bien un entre-deux. Mais en même temps, ici, Marie n’est pas la mère de Dieu (théotokos), mais encore la jeune fille qui s’effarouche de la moindre venue inhabituelle.
Ce premier échec de l’Annonciation ne signifie ni une bévue de Gabriel ni une faiblesse de Dieu. Au contraire, il temporise la révélation et dramatise la seconde Annonciation en montrant que Marie ne s’estime pas être une femme d’exception et qu’elle s’enfuit par modestie, ne s’estimant pas être la destinataire d’une telle nouvelle. En quoi elle a bien toutes les vertus de l’élue.

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