Décryptage XVII - Annonciation
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Crédits image : Photo ©Christophe Genin  

Annonciation
Inconnu


XVIIème siècle, Église de Locquirec-Guimaëc, Finistère Panneau de bois polychrome

L'Art en soi par Christophe Genin

L’Annonciation est le salut évangélique (Cf. Evangile de Luc, 1, 26-38) par lequel l’archange Gabriel annonce à Marie qu’elle fut élue par Dieu - ici représenté en Roi de Justice dans le ciel -, pour enfanter miraculeusement, sans connaître d’homme. Ce panneau de bois gravé est polychrome, selon une symbolique des couleurs. Le rouge, qui atteste de la ferveur de la foi, est présent sur robe de Marie, la courtine du dais, ou le vase, symbole de la réception. Le vert annonce l’espérance, que ce soit sur le dais ou les plumes de l’ange. Le bleu est le propre des êtres célestes : aube de Gabriel et, en regard, le manteau de Marie. L’or signale la lumière du divin : les rais et la couronne de Dieu, le sceptre de Gabriel et le pourtour du dais marial. Enfin le blanc représente la pureté et la chasteté : les lys, les ailes de l’ange et son phylactère.
Cette œuvre d’art naïf nous montre le moment même de la Conception. Marie lisait le Livre d’Isaïe, posé sur le lutrin devant elle, dans lequel est écrit qu’une jeune fille enfantera le Messie. À l’instant où elle se reconnaît et se retrouve dans l’Écriture, Gabriel surgit de l’invisible, lui indiquant la volonté féconde du Seigneur de son index droit levé vers le ciel. Sont ainsi mis en regard l’espace humain (le dais, le lutrin) et une dimension divine (l’ange, Dieu). Cet espace est à la fois séparé et communicant. Marie et Gabriel ne sont pas logés à la même enseigne. Elle se tient dans l’intériorité de l’immanent, quand il provient de l’inaccessible transcendance. Et ce panneau est bien constitué d’un diptyque dont l’articulation passe entre le vase et la main de l’Ange. Pourtant le Messager est ce médiateur qui vient réconcilier l’humanité avec sa dimension divine. Les tentures ouvertes du baldaquin laissent pénétrer les rayons divins qui descendent féconder Marie en une oblique qui relie la jeune fille consentante à une divinité souriante. Ils s’étendent des lèvres à la poitrine. Cela symbolise la conception par le Verbe, et l’inscription de l’enfant à naître dans le sein de Marie. Est ainsi signifiée la double nature du Christ : divine et humaine.
Le style naïf de cet art populaire est plein de joie, par les sourires de Gabriel et du divin, et de sérénité dans le visage de la jeune fille. Ce genre d’images contribua pendant des siècles à faire de Marie le modèle de la femme-mère, d’une conception épanouie, à l’image du bouquet de lys dont les pures corolles sont lourdes de promesses.

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