Décryptage XVII - Annonciation
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Crédits image : ©Musée de Grenoble 

Annonciation, retable de Jerez
ZURBARAN (Francisco de)


après 1640, Grenoble, Musée de peinture et de sculpture 261 x 175 cm, peinture à l'huile sur toile

Annonciation par Pierre Fresnault-Deruelle

Zurbaran brosse son Annonciation, conçue pour être accompagnée d’une Adoration des Bergers, puis d’un Adoration des Mages, enfin d’une Circoncision : polyptyque où, d’un panneau à l’autre, se reconduit l’idée de l’Incarnation.
Étrange colloque, qui revêt plus les apparences d’une juxtaposition entre deux personnages que celle d’un véritable dialogue. Si l’artiste a campé Marie à la même « hauteur picturale » que Gabriel, les deux personnages ne sont pas « logés à la même enseigne ». Le décor constitue un indice révélateur qui veut qu’à chacun des personnages corresponde un arrière-plan dont les lignes perspectives sont incompatibles entre elles. Et plutôt que de voir là une incohérence stylistique, on saisira, au contraire, que le peintre a voulu concilier l’inconciliable. Ainsi, couverte par l’ombre de l’Esprit Saint (la nuée s’ouvre néanmoins pour laisser passer les rayons), Marie nous est-elle donnée à voir comme si, en relation directe avec le Ciel, la mère de Dieu s’était quelque peu retirée du monde. Gabriel, en revanche, éclate de toute sa gloire.
Atténuant le dispositif de la présentation des personnages, Zurbaran a voulu que la toute jeune sévillane prêtant ses traits à l’Immaculée Conception, signifiât l’ouverture (elle désigne son sein et ouvre sa main droite), et que, symétriquement, l’ange affichât les marques de la plus absolue déférence. Au-delà du caravagisme de la scène, le classicisme a imprimé sa marque.

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