Décryptage XVIII - Annonciation
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Crédits image : ©C. Clos 

L’ange de l’Annonciation
TREVISANI (Francisco)


2ème quart du XVIIIème siècle, Musée des Beaux-Arts, collection Cacault - Nantes 20 x 30 cm, Huile sur toile

L'ange de l'Annonciation par Pierre Fresnault-Deruelle

Cette composition cherche à intégrer au sein d’un même espace deux registres que tout sépare : le registre de la grande peinture religieuse, éclatante, et le registre de la peinture de genre, caractérisé, ici, par l’apparent désordre d’une nature morte que Greuze n’aurait pas désavouée. À la frontière de ces deux mondes, entre le nuage-rocher de Gabriel et la chaise dont - bricoleuse - elle s’est fait un lutrin, la Vierge tente de trouver sa place. L’arrivée triomphante de l’Ange qui participe de l’esprit le plus baroque qui soit, nous frappe également par son maniérisme : la tête, le bras et la jambe de Gabriel, de profil, s’articulent sur un torse saisi de trois-quarts, tandis que Marie, presque de face, mais les yeux baissés, a tourné la tête en direction du messager céleste. À ces traits de style s’ajoute un certain sentimentalisme. Ainsi, la Vierge, plus jolie que belle, charmante même pour tout dire, se montre-t-elle comme la chaste soeur des héroïnes de Boucher. Il découle de cela que si l’Ange, brûlant du même feu que celui des créatures de Fragonard, nous parle encore du souffle de la Contre-Réforme, Marie, pour sa part, fait déjà partie d’un temps où l’art religieux a commencé de perdre sa force : l’aura de Gabriel, qui délimite une zone « réservées » de l’image, a tendance à transformer l’apparition de l’Ange en simple vision. Le miracle laisse la place au spectacle du miracle.

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